LinkedIn : VIP : Vite faites… mal faites ??

Article initialement publier sur notre page linkedIn : https://www.linkedin.com/company/snfomtsie/ 

Infographie téléchargeable en bas de page.

Dans nos services de santé au travail, un nouveau sport national est apparu : le chronométrage de la VIP : Bienvenue dans l’ère de la « Santé Minute » à l’heure où les quotas apparaissent dans les SPSTI et s’imposent aux IDEST,

La Visite d’Information et de Prévention (VIP) est censée être le moment où l’on tisse un lien, où l’on dépiste l’invisible (le burn-out qui couve, l’addiction qui s’installe, le poste qui broie les articulations ).

Mais avec les quotas qu’on nous impose, la VIP ressemble de plus en plus à un scann rapide du travailleur.

Se dirige-t-on vers de la « Fast-Health » ?

Le risque ?  le soin devient mesurable donc pilotable comme n’importe quelle production. La fast-health améliore l’accès au suivi mais en dégrade la qualité. Un peu comme une célèbre marque de fast-fashion …

Faire de la « VIP vite faite », c’est prendre le risque de la « VIP mal faite« . On ne prévient plus, on survole. Et quand on survole, on rate l’essentiel. La prévention n’est pas une chaîne de montage !

La certification : un prétexte ou une conséquence ?

On ne peut pas nier que la certification des SPSTI nous met sous microscope. Et l’élargissement des délégations fait que le système repose de plus en plus sur les IDEST.

Alors certains services, afin de prouver leurs performances lors de l’audit, sont tentés d’appliquer des quotas internes. Parlons cadence alors ….. car on constate certaines organisations à 18/20 VIP quotidiennes de 15 minutes chacune en mode industrialisé.

Les dérives sont déjà là …

Car, oui, on ne parle plus de prévention, mais de « flux » ; on ne parle plus de salariés, mais de « retard à écluser ».

Une dérive qui vide la prévention de son sens, qui dénature le rôle de l’IDEST , qui augmente sa charge mentale et qui finalement l’expose au risque de RPS

De la surchauffe aux RPS : Quand le quantitatif avale le qualitatif

Dossiers remplis à la chaîne

Questions standardisées

La crainte du moindre grain de sable ( quand je vois arriver un salarié avec un sac rempli de pochette radio, je sais d’avance que je vais exploser mes 30 minutes de VIP)

Prévention ? peut-être, s’il reste du temps

Et le sens du travail dans tout ça ? justement cette investigation un peu fine qu’on est censés proposer aux salariés face à nous

Sommes-nous encore en mesure de le faire ? Avons-nous la disponibilité mentale suffisante ? A quelle profondeur devons-nous enfouir notre déontologie pour qu’elle ne vienne pas perturber notre travail au quotidien ?

Car cette déontologie n’est pas une option. Elle est encadrée par le Code de la santé publique, qui rappelle clairement que l’infirmier « ne peut aliéner son indépendance professionnelle sous quelque forme que ce soit » (article R.4312-6) et que, dans le cadre de l’exercice salarié, « en aucune circonstance, l’infirmier ne peut accepter de limitation à cette indépendance » (article R.4312-63).

Et le collectif dans tout ça ?

Cette industrialisation de l’activité infirmière est une organisation de travail qui isole.

Le pilotage individuel (terme poli pour éviter celui de quota) de l’activité nous met en concurrence les uns envers les autres et c’est contraire à notre culture professionnelle d’entraide. A terme cela pourrait détruire le collectif de travail. Car on ne tarde pas à pointer les écarts de l’autre, on ne fait plus équipe.

Les objectifs quantitatifs risquent d’alimenter des tensions qui n’auraient pas existé autrement

Au SNFOMTSIE, nous rappelons qu’une VIP réussie, c’est une VIP où l’infirmier a le temps de l’écoute. La santé au travail ne doit pas être sacrifiée sur l’autel de la rentabilité statistique.

Exigeons les moyens de faire notre métier : humainement et consciencieusement.

Nous revendiquons le droit au temps